Les grandes écoles s’ouvrent à la création d’entreprise

Lundi 2 juin 2008, par Sébastien // Actualité

Faut-il y voir un signe ? HEC vient d’annoncer en début de semaine la création d’un incubateur d’entreprise destiné à accueillir et promouvoir six projets portés par ses étudiants ou jeunes diplômés. La grande école de management de Jouy-en-Josas n’est pas la première. Une cinquantaine d’écoles et d’universités se sont déjà lancées dans la bataille de la valorisation scientifique et de la création d’entreprise. Parmi elles, les Mines d’Ales, l’Essec, l’EM Lyon, Advancia, mais aussi des établissements plus modestes comme l’ESC d’Amiens, dont le directeur, Jean-Louis Mutte, se réjouit de proposer aux « anciens élèves de monter des projets conçus par nos étudiants dans le cadre de cours ».

Les étudiants encore frileux

Chaque école a sa formule. Certains ont ainsi choisi d’investir directement de l’argent, comme l’Essec, ou Sciences po, d’autres, comme HEC, préfèrent s’appuyer sur un fonds d’amorçage indépendant, « I Source ». Le mouvement avance de manière inégale : bien lancé dans les écoles d’ingénieurs et les universités, il demeure encore embryonnaire dans les écoles de management, notamment comparé aux pays étrangers. « La plupart des écoles enseignent l’entrepreneuriat, mais elles sont encore peu nombreuses à passer à la pratique en créant des incubateurs », constate l’Assemblée française des chambres de commerce et d’industrie.

Les établissements ont parfois eu tendance à considérer cette tâche comme secondaire, préférant se concentrer sur la formation des cadres. « Les écoles ont longtemps été très académiques, mais les choses sont en train de changer », se félicite Pierre Kosciuscko-Morizet, PDG de Price Minister, parrain de l’incubateur d’HEC.

Reste à convaincre les étudiants encore frileux. D’une manière générale, « peu de personnes créent à la sortie de leurs études, ce qui est compréhensible, au regard du besoin d’expérience professionnelle », rappelle l’APCE. Parmi les jeunes créateurs, les diplômés des grandes écoles sont une denrée particulièrement rare (14 %). Beaucoup préfèrent miser sur un emploi salarié et bien rémunéré qui leur permet de rembourser l’emprunt contracté pour payer leurs frais de scolarité.

Un aspect matériel

« Il y a un coût d’opportunité qui fait que choisir de créer son entreprise peut paraître assez ingrat », reconnaît Hervé Crès, directeur délégué de la grande école HEC. Poussées par les chambres de commerce, les grandes écoles cherchent donc à « sensibiliser » leurs troupes. « Nous avons des fenêtres de tir : les grands groupes attirent moins les diplômés, et les private equity suscitent des interrogations », assure Bernard Ramanantsoa, le directeur d’HEC. Mais l’aspect matériel joue aussi. « Il faut donner aux jeunes porteurs de projet l’équivalent d’un SMIC et développer les coopérations entre écoles de management et d’ingénieurs. Il est dommage que des projets industriels intéressants échouent parce que les étudiants n’ont pas les compétences en marketing », plaide Francis Becard, chargé des questions d’entrepreneuriat à la conférence des grandes écoles.

Répondre à cet article