La crise fait son entrée dans les programmes des grandes écoles

Vendredi 13 février 2009, par Sébastien // Espace presse

Sur le campus d’HEC, l’étude de la crise actuelle intégrera les cours d’histoire des marchés financiers dès le mois de mars.
Objets de modules spécifiques et surtout préoccupation constante, les événements économiques bouleversent les formations.

« Depuis octobre, j’ai dû totalement adapter mes cours ! ». Professeur de finances à HEC, Ulrich Hege reconnaît que la crise a des répercussions sur l’enseignement de la finance. Sur le campus de Jouy-en-Josas, comme dans beaucoup d’écoles de management, les turbulences de la planète financière et leurs conséquences sur l’économie sont au cœur des préoccupations. Un exemple parmi d’autres : « je mets beaucoup l’accent sur les risques du capital investissement et l’effet de levier, ce qui n’était pas le cas auparavant », explique cet enseignant. Car si les théories expliquées en finances aux étudiants des écoles de management ou des universités sont les mêmes, les bouleversements vécus par le capitalisme depuis quelques mois ont remis en cause de nombreuses certitudes…

De là à renier le marché, il y a un néanmoins un fossé… « J’essaie de montrer aux étudiants que certaines certitudes ont été ébranlées, notamment sur le partage des risques et la diversification des portefeuilles », insiste Thierry Foucault, spécialisé en finance de marché, qui admet que la crise est « omniprésente » dans son enseignement. Sylvain, élève en troisième année, estime pour sa part que « c’est essentiel et important pour les entretiens d’embauche… ».

Convaincu de l’importance du sujet, le responsable de la « majeure finance » à HEC, Blaise Alaz a décidé d’aller plus loin. Dès le mois de mars, débutera un cours d’histoire des marchés financiers avec une partie importante consacrée à la crise actuelle. Deuxième élément : HEC travaille à la mise en place d’un module spécifiquement dédié à la crise actuelle, programmé pour janvier 2010 et faisant intervenir des banquiers d’affaires qui en jouant les premiers rôles dans la crise pourront en expliquer les mécanismes. Surtout, chaque intervenant est prié de lier de très près ses cours à la crise.
« Développer l’esprit critique »

Dans de nombreuses écoles de management, comme l’École de management de Strasbourg ou l’Essec, les enseignants se sont mobilisés pour organiser des événements permettant de décrypter la crise. Titulaire de la chaire négociation et médiation de l’Essec, Alain Pekar Lempereur a constitué un forum d’une cinquantaine de professeurs pour travailler sur cette question. « Il est indispensable de réfléchir ensemble aux liens entre les différentes disciplines, explique-t-il. Dans les écoles de management, il existe un enfermement disciplinaire qui se reproduit ensuite dans les entreprises… »

D’ici quelques semaines, l’Essec va monter une semaine de séminaire sur le thème « manager la crise ». Et, comme à HEC, ses enseignants l’intègrent dans le moindre cours. « En ressources humaines, par exemple , je remets en cause les avantages des mécanismes d’incitation en matière salariale, uniquement liée à la performance, une approche qui a montré ses limites », explique-t-il.

Responsable du département finance à l’ESCP-EAP, Christophe Thibierge, insiste : « Un prof, c’est le contraire d’un idéologue, ce que la crise nous apprend, c’est qu’il faut développer l’esprit critique des étudiants et leur donner un bon bagage technique pour qu’ils réussissent. »

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