Dossier

Comment rendre les écoles de management plus attractives ?

Mercredi 12 avril 2006, par Alexandre // Actualité

Les grandes écoles, exception française dans le paysage étudiant mondial, doivent sans cesse faire face à de sérieux concurrents en tête des classements d’excellence. Quelles sont les principales difficultés auxquelles celles-ci se trouvent confrontées, et quels sont les moyens de les surmonter ?

Le cadre de la compétition dépasse naturellement les frontières hexagonales : l’internationalisation est essentielle pour la survie des écoles, qui doivent être capables de former les étudiants aux réalités du business international et d’accompagner les entreprises à l’étranger. En France, l’ESCP-EAP est en avance : l’école de commerce dispose en effet de 5 campus à Paris, Londres, Berlin, Madrid et Turin et est la première école française pour l’accueil d’étudiants étrangers et l’obtention de doubles diplômes. L’ESSEC, quant à elle, vient d’ouvrir un campus à Singapour et a décidé d’augmenter le nombre d’étudiants étrangers accueillis. Désormais, toutes les écoles, quels que soient leur taille et leurs moyens, multiplient les partenariats, les programmes d’échanges d’élèves et de professeurs ou les accords de double diplôme.
Néanmoins, certaines questions se posent : quel est l’impact réel de cette internationalisation sur les étudiants ? Toutes les écoles de commerce pourront-elles suivre ce mouvement ? Est-ce le rôle des ESC de province de former des cadres indiens ou chinois ?

Afin de rendre lisible leur excellence, les écoles courent après les accréditations : douze écoles françaises ont réussi à en décrocher. La course aux accréditations touche aujourd’hui toutes les écoles de commerce françaises de milieu de classement. Les labels délivrés par les trois organismes anglo-saxons Equis, AACSB et Amba sont très recherchés. Obtenir une accréditation officielle permet de bénéficier d’une reconnaissance internationale. Les ESC peuvent ainsi nouer plus facilement des partenariats avec les meilleures écoles du monde, et attirer plus d’étudiants et de professeurs étrangers.
Cette course aux accréditations est un vrai business. L’obtention d’un label coûte cher, entre 25 000 et 30 000 euros pour l’accréditation Equis, qui de plus doit être renouvelée régulièrement, auxquels il faut ajouter le temps consacré à la préparation. La recherche d’accréditation oblige les écoles à se conformer à des critères qui peuvent être éloignés de leurs missions, comme la capacité à produire des travaux de recherche.

Les professeurs représentent aussi un problème délicat : la pénurie de professeurs de gestion aux Etats-Unis s’étend à la France. L’inflation salariale des professeurs-chercheurs s’intensifie. Les écoles françaises peuvent difficilement rivaliser avec leurs concurrentes aux Etats-Unis, où le salaire annuel moyen d’un professeur de gestion est de 100 000 dollars. Nos ESC ont pourtant besoin d’étoffer leurs équipes pédagogiques pour maintenir et améliorer la qualité de l’enseignement et pour répondre aux exigences des organismes accréditeurs. Pour accueillir et retenir leurs professeurs, les écoles françaises veillent à un bon déroulé de carrière et soignent les conditions de travail. L’ESSEC a ainsi construit un nouveau bâtiment pour accueillir les professeurs et vient d’ouvrir une école doctorale pour former des professeurs.
« Peu à peu, les professeurs deviennent les véritables clients des écoles en lieu et place des étudiants », déplore Robert Papin, créateur de la filière HEC Entrepreneurs.

Pas de bonne école sans bons élèves : les dix premières écoles se partagent la moitié des préparationnaires, tandis qui vingt ESC ne parviennent pas à faire le plein. Les meilleurs établissements assèchent le marché des classes préparatoires. Ces dernières souffrent elles-mêmes d’une relative désaffection. Après des années de stabilité, le nombre de candidat a baissé de 5 % cette année.
Les ESC ayant des difficultés pour attirer des préparationnaires doivent être capable de chercher des élèves sans abaisser le niveau général. Les admis sur titre constituent déjà l’essentiel de leurs promotions. Les étudiants étrangers sont une source supplémentaire d’élèves. Les ESC vont devoir être de plus en plus imaginatives pour retenir les bons élèves.

La pédagogie est aussi au cœur du débat : quel équilibre entre théorie et pratique ? Tandis que certaines écoles mettent l’accent sur les relations avec les entreprises, en proposant des missions réelles en entreprise (HEC Entrepreneurs), en embauchant des professeurs issus du monde de l’entreprise ou en créant des incubateurs comme à l’ESC Troyes, d’autres réduisent la part de l’entreprise, comme à l’ESC Rouen où le stage de fin d’études n’est plus obligatoire. Accroître le rôle des intervenants issus du monde de l’entreprise s’accompagne aussi d’un effort concernant la pédagogie : quelle est la qualité de cet enseignement par rapport à celui des professeurs multi-diplômés ? Peut-être meilleure, mais moins bien reconnue : cet aspect est mal valorisé par les accréditations. L’amélioration de la pédagogie devrait aussi passer par des cursus personnalisés et le développement personnel, mais la tendance à accroître la taille des promotions ne s’y prête guère (comme à l’EM Lyon cette année).

Le rôle des écoles après la délivrance du diplôme est en train d’évoluer : la tendance est de suivre la carrière de ses diplômés. Dès la sortie de l’école, des services à temps pleins aident les nouveaux diplômés à s’insérer dans la vie professionnelle. En effet, le chômage n’est pas un spectre : les 40% qui sont embauchés dès avant leur diplôme ne masquent pas les 10% qui cherchent leur premier emploi plus de quatre mois après leur sortie de l’école. Même au-delà du premier emploi, les écoles se tournent de plus en plus vers le suivi tout au long de la carrière, via les très importants réseaux d’anciens. Les plus importants sont ceux des écoles les plus anciennes : HEC, ESCP-EAP, l’ESSEC, ESC Reims, l’EM Lyon, l’EDHEC. Ces réseaux sont capitaux dans la carrière des diplômés et pour la reconnaissance des écoles.

Dernier problème mais non le moindre, les écoles doivent faire face à des besoins financiers énormes, que les CCI n’ont pas les moyens ou la volonté de satisfaire. La solution réside ici probablement dans un changement de statuts : l’ESC Rouen devrait obtenir le statut d’établissement autonome sous contrat associatif et la privatisation d’HEC est possible. Cette évolution doit permettre de faciliter le financement ainsi que les rapprochements avec les entreprises et les collectivités. Une autre idée serait de lutter contre le morcellement : que signifie l’existence de trente écoles concurrentes quand on sait que le budget d’HEC équivaut à celui de la bibliothèque d’Harvard ? Mais les rapprochements sont rares (ESCEM, EM de Normandie). Des alliances avec des écoles d’ingénieurs sont aussi parfois envisagées, comme à l’ICN. Sinon, il est aussi possible de trouver des fonds auprès des anciens élèves (2 M€ pour HEC cette année), des élèves (en augmentant des prix déjà élevés ou en transformant les écoles en usines par l’augmentation des promotions) ou enfin en proposant d’autres types de formations, comme des formations spécialisées ou continues pour les entreprises.

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