Christian Margaria (Conférence des grandes écoles) : "oui au rapprochement avec les universités, pour une meilleure efficacité"

Mardi 24 mars 2009, par Sébastien // Espace presse

Christian Margaria, président de la Conférence des grandes écoles, propose également que tous les étudiants payent une partie de leurs études au-delà de la licence.

Latribune.fr : Comment jugez-vous les relations entre grandes écoles et universités ?

Christian Margaria : Elles sont globalement de bonne qualité. En France, comme dans la plupart des pays développés, nous avons la chance de disposer de deux filières d’enseignement supérieur, très complémentaires, qui ne s’adressent pas tout à fait aux mêmes profils d’étudiants. Il faut que ces deux filières continuent à exister et à emprunter à l’autre ce qu’elle a de meilleur afin d’atteindre l’excellence en intensifiant les rapports et en éliminant les points de frottement qui empêchent parfois certaines coopérations.

Quels sont ces points de frottement ?

Le premier est ce que j’appelle "le crime de sale gueule". Actuellement, il est tout simplement interdit à un établissement d’enseignement supérieur privé de déposer un dossier de demande d’habilitation pour un diplôme national de master (NDLR : diplôme de niveau bac + 4 ou 5). C’est totalement aberrant sur le plan des principes. Que l’on juge une fois le dossier déposé que la candidature n’est pas valable, je l’accorde. Mais encore faut-il que la possibilité de candidater soit ouverte. Heureusement, Valérie Pécresse a annoncé qu’elle allait demander à la direction générale de l’enseignement supérieur de réfléchir à résoudre cette difficulté.

Quelle est l’autre difficulté ?

C’est clairement l’expérimentation des classes préparatoires au sein des universités. Je demeure persuadé que c’est une fausse bonne idée. Les étudiants destinés aux classes préparatoires ne se retrouveront jamais vraiment dans l’univers universitaire. De l’autre côté, les universités affirment que les "prépas" leur volent une partie de très bons bacheliers, ce qui n’est pas totalement faux. En fin de compte que va-t-il se passer ? Ces "prépas" universitaires vont se transformer en licences spéciales. Et les grandes écoles "en voleront" une grande partie des diplômés.

Cette volonté de rapprocher grandes écoles et universités ne répond-elle pas à une volonté d’améliorer leurs dimensions pour leur donner une taille critique à l’international ?

Connaissez-vous l’université de Mexico ? Non. Et pourtant, si la taille de l’établissement était le facteur principal de notoriété, Mexico, avec ses 400.000 étudiants, serait championne du monde. Soyons sérieux. Il n’y a qu’en France qu’on accorde autant d’importance à des classements comme celui de Shanghai, où la dimension physique joue le premier rôle ... Alors, je dis "non !" aux regroupements s’ils ne visent qu’à accroître artificiellement le nombre de publications de recherche afin de gagner des places dans les classements. Et je dis "oui !", s’ils sont cohérents et conduisent à une meilleure efficacité de notre enseignement supérieur. Pour cela, il nous faut regarder concrètement les dossiers où le travail en commun engage une dynamique intéressante. C’est le cas de l’action internationale : écoles et universités d’une même région pourraient mutualiser leurs moyens pour participer à un salon de recrutement à l’étranger ou mieux accueillir des professeurs étrangers.

Le rapprochement entre grandes écoles et universités peut-il passer par les pôles de recherche et d’enseignement supérieur ? (NDLR : les PRES, créés par une loi de 2006, permettent aux universités et grandes écoles de regrouper, sur une base régionale, une partie de leurs activités pour renforcer leur attractivité à l’international).

Il est beaucoup trop tôt pour vouloir placer l’intégralité de l’enseignement supérieur, écoles comme universités, sous la houlette des PRES. Ils ont démarré il y a seulement deux ans ; il faut laisser le temps aux structures de se connaître. Je sais que, pour de très nombreux acteurs de l’enseignement supérieur, les PRES préfigurent les mégastructures de demain qui délivreront tous les diplômes, d’universités et d’écoles. Un tel modèle peut avoir sa pertinence. Mais je reste prudent. Il faut continuer à expérimenter avant de décider que le PRES doit prendre le pas sur les établissements. Toute idée consistant à dire qu’on ne veut voir qu’une tête - et que cette tête est forcement celle de l’université - me paraît négative par rapport à cette recherche d’excellence sur la scène internationale.

Ce rapprochement des deux facettes de l’enseignement supérieur peut-il concerner directement les étudiants ? En clair, les étudiants d’université doivent-ils comme ceux des écoles payer tout ou partie de leur scolarité ?

On peut imaginer que, jusqu’à la licence, la formation supérieure soit un droit et soit donc globalement gratuite. Au-delà de ce niveau, après la licence donc, les frais de scolarité devraient représenter un pourcentage significatif des coûts de formation. Ainsi, toutes les formations de niveau bac + 4 en université devraient exiger des frais de scolarité identiques à ceux des écoles de gestion privées, soit entre 5.000 et 7.000 euros par an. L’éducation est en effet un investissement sur l’avenir. Aussi, les frais de scolarité ne doivent pas être payés par l’étudiant pendant ses études, mais par le diplômé, qui, une fois en activité, pourra mesurer le retour sur investissement. Par conséquent, il convient de développer les prêts étudiants avec des mesures de différé d’amortissement et fiscales qui permettent de suivre sereinement ses études et rembourser une fois le premier emploi trouvé. Aujourd’hui, seuls 6% des étudiants demandent un prêt étudiant. Ce n’est pas suffisant.

Source

Répondre à cet article