Entretien avec Alain Bravo

Directeur de Supélec

Dimanche 20 novembre 2005, par Alexandre // La voix des écoles

Monsieur Bravo, depuis le 1er septembre 2004, vous êtes le nouveau directeur de Supélec. Quelle est votre ambition et quels sont vos projets pour l’établissement ?

Au titre de la société de la connaissance, je vais m’attacher à mettre les nouveaux outils de l’information et de la communication au service aussi bien de la formation initiale que de la formation continue. Nos ingénieurs seront ainsi des utilisateurs avertis de ce qu’ils concevront, fabriqueront et exploiteront ensuite pour satisfaire les attentes de leurs clients.
La libéralisation des réseaux et des services se traduira de plus en plus par des systèmes complexes, comme le montrent l’exemple des réseaux de communication haut débit avec leurs applications distribuées, ou encore celui des réseaux électriques avec des sources décentralisées. Parachevant l’expertise de l’école dans les domaines de l’information et de l’énergie, je suis convaincu que Supélec peut ambitionner un rôle pilote dans l’approche des systèmes complexes multidisciplinaires.

Dans la recherche et l’innovation, pour en avoir exploré les mécanismes au titre de FUTURIS, je sais l’importance de réussir la création des pôles de compétitivité associant enseignement supérieur, recherche et industrie ; et dans la grande tradition de notre programme PERCI d’enseignement et de recherche en coopération industrielle, Supélec jouera un rôle actif et influent à partir de ses campus de Gif-sur-Yvette, de Metz et de Rennes.

Il faut enfin affirmer l’identité et la visibilité de l’école dans l’espace européen et au delà dans la compétition mondiale qui atteint maintenant l’enseignement supérieur. Que le classement des meilleures universités du monde publié par l’université Jia Tong de Shanghai plaise ou non, ce classement s’impose à nous et, sans naïveté, j’ai bien l’intention de rechercher activement, avec mes collègues des universités et des grandes écoles, des réponses qui soient à la hauteur de l’enjeu international.

La Conférence des Grandes Ecoles (CGE) élabore actuellement une extension du dispositif de l’ESSEC intitulé "Une prépa ? Une grande école ? Pourquoi pas moi ?". Une cinquantaine d’écoles – dont les Mines de Paris et Centrale – sont aujourd’hui prêtes à suivre ce modèle. Quelle est la position de Supélec sur ce programme ? Quel sentiment vous inspire-t-il ?

Supélec adhère tout à fait à cette initiative et vient de répondre favorablement à l’appel lancé par la CGE pour participer dans ce cadre à l’ouverture sociale des écoles membres. Il s’agit en particulier d’organiser des relations entre les grandes écoles et des lycées situés en Zone d’Education Prioritaire (ZEP) afin d’orienter de jeunes lycéens vers des études supérieures de haut niveau.
Nous pensons effectivement qu’il devient urgent, afin d’assurer le rôle d’ascenseur social, que les grandes écoles motivent les élèves du secondaire issus des milieux sociaux les plus modestes vers l’enseignement supérieur.

De plus en plus d’élèves s’orientent vers un cursus international. Que peut faire Supélec pour satisfaire plus amplement leurs attentes et renforcer sa notoriété à l’étranger ? Un regroupement avec d’autres grandes écoles serait t’il envisageable ?

Pour l’année scolaire 2004-2005, environ 110 élèves de Supélec effectuent leur 3ème année dans une université partenaire de l’établissement, à l’étranger. En plus de ces 110 élèves, une trentaine d’élèves de 3ème année sur le campus de Metz préparent en complément un « master of sciences de Georgia Tech » qu’ils termineront par un semestre sur le campus d’Atlanta. Au final, près de 140 élèves français de la promotion 2005 devraient obtenir un double diplôme de Supélec et d’une université étrangère. Afin de préserver un équilibre avec les autres offres proposées en 3ème année, cette proportion approche de la limite souhaitable.
La notoriété de Supélec à l’étranger se forge en grande partie sur l’excellence des résultats obtenus par ses étudiants à l’international.
D’ores et déjà, Supélec fait partie du réseau européen TIME, avec sept autres grandes écoles d’ingénieurs françaises et avec les départements d’ingénierie de plus de quarante universités en Europe. Par ailleurs, Supélec a des accords d’échanges d’étudiants et de recherche avec des universités sur tous les autres continents. Ces accords sont institués en fonction des besoins de nos partenaires industriels, institutionnels et académiques.

Alors qu’une part non négligeable de vos diplômés s’orientent vers des filières telles que la banque, la finance, le management, Supélec ne devrait-elle pas offrir dans ces domaines des possibilités de spécialisation plus avancées comme le proposent déjà d’autres grandes écoles ?

La vocation de Supélec est de former des ingénieurs de haut niveau, généralistes dans les sciences de l’information et de l’énergie.
Au travers des enseignements électifs proposés au cours des trois années, 30% du cursus, les élèves peuvent choisir des enseignements dans le domaine de la finance et du management en complément des enseignements du tronc commun dans ces disciplines. Par ailleurs des cours sur la maîtrise des systèmes complexes (modélisation, optimisation, simulation…) ont comme domaine applicatif, outre les domaines privilégiés de Supélec, les domaines précités.
Enfin, en 3ème année, les élèves-ingénieurs en dehors des options proposées sur l’un de nos trois campus, ont la possibilité d’en choisir d’autres dans une des institutions partenaires de l’école, en France ou à l’étranger.

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