190 grandes écoles gratuites

Mercredi 27 février 2008, par Sébastien // Actualité

Faire une école, cela coûte beaucoup moins cher que vous ne le pensez. Nombre d’établissements publics ou universitaires sont plutôt "bon marché". Et si des cursus d’ingénieurs ou de commerce affichent des frais d’inscription élevés, des moyens existent pour faire baisser la note.

Un cursus haut de gamme à moindres frais

De 6.000 à 9.000 € par an de frais de scolarité… Inaccessibles, les grandes écoles payantes ? C’est l’avis de nombreux lycéens et de leurs familles. D’autant que les bourses de l’État n’apportent qu’une aide symbolique aux étudiants inscrits dans un établissement privé (lire "À quelles aides publiques pouvez-vous préten­dre ?" dans ce même dossier). Mais ne jetez pas l’éponge trop vite. Toutes les grandes écoles ont mis en place des dispositifs d’aide visant à convaincre les plus réticents. Et vous pourrez faire partie des heureux bénéficiaires beaucoup plus facilement que vous ne le pensez. Car l’appréciation des "critères sociaux" reste… très relative. Alors que le taux de boursiers du CROUS (centre régional des œuvres universitaires et scolaires) n’est que de 11 % à l’EM (École de management) Lyon, 6 % à l’ESSEC (École supérieure des sciences économiques et commerciales) et 3 % à HEC [1], le taux d’étudiants bénéficiant d’une aide au financement de leur scolarité atteint, dans ces mêmes écoles, respectivement 41 %, 45 % et 29 % !

Les bourses "maison" : de vraies exonérations

Pour aider ses élèves les moins favorisés, chaque établissement a sa formule "maison". Des fonds de solidarité permettent aux boursiers du CROUS ou à d’autres étudiants dans le besoin de bénéficier d’une exonération partielle des droits de scolarité, à partir de 500 € par an. D’autres, tels que l’ECAM (École catholique d’arts et métiers) Lyon, l’ESCOM (École supérieure de chimie organique et minérale) Cergy-Pontoise, les ICAM (instituts catholiques d’arts et métiers), ou encore Reims Management School, s’appuient sur les entreprises, par le biais de leurs fondations, pour financer des bourses.
Les critères à remplir pour obtenir ces bourses d’établissement sont en général sociaux, mais l’excellence académique peut se révéler un argument de poids. L’ESCP-EAP (European School of Management, Paris) accorde ainsi des bourses au mérite, sur critères d’excellence. À l’ESIEA (École supérieure d’informatique, électronique, automatique) d’Ivry-sur-Seine, les élèves ingénieurs peuvent bénéficier de bourses d’excellence à la mobilité (pour préparer un double diplôme) qui sont octroyées uniquement selon des critères académiques. Les bourses "maison" apportent ainsi une aide conséquente, pouvant aller jusqu’à une exonération totale des droits annuels. L’ESC (École supérieure de commerce) Amiens dispense des frais de la première année les boursiers issus des classes préparatoires. L’ESC Montpellier et l’ESC Dijon accordent des bourses dites "de mérite" ou "d’excellence" qui dispensent des droits de scolarité pour l’intégralité du cursus. Cependant, ces exonérations totales sous forme de bourses ne constituent pas la norme. "Ce n’est pas notre politique, explique Jacques Chaniol, directeur de l’ESC Tours-Poitiers. Il y a toujours une part de frais de scolarité assumée par l’élève, même si elle peut être très faible."

Décrocher un job en horaires aménagés dans l’école

Pour faire prendre en charge une grande partie de son cursus, voire la totalité, mieux vaut miser sur une bourse, puis sur une ou deux années d’apprentissage. Enfin, une poignée d’élèves n’ayant accès à aucun des dispositifs existants se voient parfois proposer par leur école des jobs en horaires aménagés ou du "monitorat". En d’autres termes, la possibilité de travailler quelques heures par semaine dans l’un des services de l’école (centre de documentation ou point logement…), moyennant rémunération. Cette formule a cours par exemple dans les ESC de Clermont et de Rennes, à l’École de management de Normandie et dans plusieurs écoles d’ingénieurs de la FESIC (Fédération d’écoles supérieures d’ingénieurs et de cadres).

Des facilités de paiement

Lorsque toutes les situations ont été envisagées sans succès, il existe encore d’autres aides, accordées au compte-gouttes. Mais attention : il ne s’agit plus là d’exonérations, mais de facilités de paiement. Tôt ou tard, il vous faudra rembourser… C’est le cas du prêt d’honneur accordé par l’école – à taux 0, remboursable selon des modalités personnalisées. Certains établissements comme l’ECAM, enfin, modulent leurs frais de scolarité en fonction des revenus des familles, tandis que d’autres, comme Bordeaux École de management, établissent des plans de financement sur mesure pour les étudiants concernés, avec par exemple l’échelonnement des paiements.
La souscription à un prêt bancaire reste la solution de financement la plus répandue. Il n’empêche : beaucoup de familles supportent mal l’idée de s’endetter pour des sommes parfois considérables. "Personnellement, je n’avais pas le profil idéal pour obtenir un prêt bancaire, estime Sereen, étudiante à l’ESC Montpellier. Les banques préfèrent des étudiants qui ont des parents avec un travail stable et qui ne soient pas rémunérés au SMIC… Il faut aussi se mettre à la place d’un jeune qui se dit qu’il va démarrer sa vie avec des dettes !"

Le prêt bancaire : un "placement rentable"

Les écoles dédramatisent la pratique du prêt bancaire, en incitant les intéressés à considérer le niveau élevé des salaires à la sortie des études. De quoi rembourser rapidement son emprunt ! "Un prêt bancaire destiné à financer leur scolarité est le placement le plus rentable de leur vie que feront nos élèves", affirme carrément Hervé Crès, directeur de HEC.
De très nombreux établissements ont ainsi réussi à négocier des prêts à taux préférentiel, et sans caution parentale exigée. Martine Bronner, directrice du marketing à l’ESSEC, donne toutefois quelques règles de prudence pour bien choisir son prêt. "Le taux n’est pas le seul élément à prendre en compte. Choisissez un prêt remboursable après l’obtention du diplôme et, si possible, avec un différé d’un an…"
Imaginez maintenant des entreprises prestigieuses cherchant à s’attirer vos faveurs à tout prix, en prenant en charge non seulement votre scolarité, mais aussi vos frais de la vie courante ! Ce système existe en dehors de vos rêves, il est même en pleine expansion. Mais seuls y ont droit les étudiants étrangers à très fort potentiel. Ces bourses de luxe n’ont cours, en France, que dans les grandes écoles les plus prestigieuses : parmi elles HEC, l’ESSEC ou les 10 écoles d’ingénieurs de ParisTech… Elles peuvent être attribuées par le ministère français des Affaires étrangères (les bourses Eiffel, ultra-sélectives), par le gouvernement du pays d’origine ou par des levées de fonds spécifiques de l’école auprès de très grandes entreprises. "Certains donateurs souhaitent faire du mécénat, explique Minh-Hà Pham-Delegue, déléguée Asie-Pacifique à ParisTech. D’autres souhaitent parrainer par exemple des ingénieurs chinois, formés à la française, bénéficiant d’une double culture, susceptibles de rejoindre un jour leurs usines installées en Chine." Résultat : les plus brillants étudiants ainsi courtisés n’hésitent plus à faire jouer la concurrence au niveau… international.

IEP : de moins en moins gratuits

Il y a dix ans, "faire Sciences po" ne coûtait pas plus cher que de s’inscrire dans n’importe quel cursus en fac. Aujourd’hui, les droits de scolarité annuels à Sciences po Paris peuvent s’élever jusqu’à 5 150 €, selon les revenus de la famille. À l’exception des instituts d’études politiques de Strasbourg et de Lyon (500 €), et de celui de Toulouse (600 €), les droits propres des IEP de province s’élèvent désormais à 800 € par an, voire à 1 000 € ou plus pour le second cycle à Bordeaux, Lille et Grenoble. À Rennes, les frais sont proportionnés aux revenus des familles et peuvent atteindre 1 000 € dans la tranche la plus élevée. Ajoutez à ces montants [2] la Sécu sociale étudiante… Cette tendance à la hausse des frais de scolarité est d’abord destinée à financer l’allongement des cursus, passés de trois à cinq ans ces dernières années.

P.-S.

En savoir plus : http://www.letudiant.fr/etudes/190-...

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